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article de Murièle Camac sur « Le dernier cerisier » de John Taylor

La poétesse française Murièle Camac a écrit sur son blog Les portes de la perception un bel article sur Le dernier cerisier (Éditions Voix d’encre) de John Taylor (traduction Françoise Daviet-Taylor, aquarelles de Caroline François-Rubino). Le voici:

John Taylor : le recueil « Le Dernier cerisier »

Quel est-il, cet arbre qui donne son titre à la fois au premier poème et au recueil ? Ce cerisier qui n’existe qu’imaginé, ou souvenu — auquel on n’a jamais grimpé, dont on n’a jamais goûté les cerises ? Où se trouve-t-il ? « A l’intérieur de toi », « loin », « derrière toi » : dans une enfance brumeuse (le « premier » et « l’unique centre ») ; dans un pays natal désormais « alourdi de noms ».

Le dernier cerisier se dresse sur la page du poème, « dans l’écart fait par les mots ». Il se contemple aussi dans les très belles aquarelles de Caroline François-Rubino, véritables poèmes visuels en écho aux poèmes verbaux.

Le dernier cerisier, c’est peut-être le rappel de ce qu’on est devenu « quelqu’un d’autre », le témoin qu’on a été enfant et qu’on ne l’est plus. C’est une lourdeur enracinée, mais aussi un support auquel appuyer notre échelle : une aide pour essayer de grimper.

A travers l’image de cet arbre lourd de « petites promesses rouges », de cet arbre de vie – allégorie dont le poète semble donner ici sa version personnelle – John Taylor mène ainsi une méditation sur le temps, sur la mémoire et sur la durée. Les deux autres poèmes qui suivent ce « Dernier cerisier » poursuivent cette voie. « A jamais » évoque le lointain de l’enfance comme un hiver de neige. « Mais il ne faisait pas encore nuit » dit le passage du jour à la nuit, dans l’entre-deux du devenir. Là aussi, de la neige, et des arbres – porteurs d’un « sombre et soudain réconfort », rappels de « la lumière plus brillante / manquante ».

L’ensemble donne à entendre et à voir un monde des transitions, de l’entre-deux, du « flou ». Un monde des traductions, a-t-on envie de dire en référence à l’activité de traducteur du poète John Taylor (Américain francophone), mais aussi en référence au fait que les poèmes présentés ici sont avant tout des traductions : leur version originale en anglais est placée à la fin du livre, permettant ainsi la confrontation entre les deux langues.

Mots français, mots anglais, couleurs des aquarelles : beaucoup de choses get lost in translation, sans doute – « sauf la matière la plus essentielle ». C’est celle-ci que ce livre cherche à saisir.

— © Murièle Camac

 

 

 

 

 

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